TERRITOIRES À DÉCOUVERT.

    “Il a vu ce qu’il ne fallait pas”...
    Et il le peint, ce qu’il ne fallait pas voir. Tout d’abord, le travail de Guillaume Lavigne laisse en effet derrière lui les traces de ce sentiment confus de l’incertaine maîtrise de la connaissance et du savoir.
    Guillaume Lavigne nous donne à voir juste ce qu’il faut pour nous attirer vers ce que l’on ne voit pas, et plus justement vers ce qu’il ne nous montre pas, créant, recréant le spectacle du mystère dans la peinture et dans la vie.
    Des indices sont pourtant présents: il s’agit là d’observer un certain ordre aux trois éléments picturaux majeurs qui composent son oeuvre: la photographie ou la copigraphie, le collage de papiers bruts ou apprêtés, et la peinture. Parfois en superposition, parfois dissimulés, des mots calligraphiés ou dactylographiés apparaissent comme des légendes déconnectées, et pourtant profondément inscrites dans le sens originel de chaque travail.
    Tandis que les petits formats consacrent plutôt la forme du portrait détourné ou le regard sur l’Autre, les grands formats, eux, donnent à deviner des territoires organisés par un ordre obscur et majeur dont le spectateur discerne la force à défaut d’en percevoir tout le sens, sens qui n’appartient qu’à l’artiste.
    Chaque trait, chaque griffe, chaque couleur, chaque coulure, chaque mot, chaque regard devient alors une sorte de signe-clé nécessaire à une appréhension plus globale (et cependant n’appartenant qu’au spectateur) du territoire exploré.
    Une fois le mystère pénétré et dominé alors par le spectateur, celui-ci n’est donc plus face à un “code”, à un cryptogramme, mais face à un territoire conquis, le sien propre.
    Les toiles de Guillaume Lavigne sont autant de territoires à conquérir.
    Merci à celui qui peut nous apprendre à Habiter.



Jean.Baptiste BERNADET-ARIZTIA, Rennes, Janvier 1998