Pourquoi peindre ? Tous les matins, j’imagine, en tout cas c’est le mien, les peintres se posent cette question. Tiens, effectivement, pourquoi peindre ? Des ordinateurs, je suppose, s’occuperaient très bien de cela.
    La peinture fut toujours le jeu crucial du bonheur. Aujourd’hui aussi bien sûr, et demain, de plus en plus.
    Comment arriver à peindre ?
    En vivant, mais pas n’importe comment, car l’art de vivre c’est aussi la même question que l’art, de tous les arts. La plus belle oeuvre d’art de l’artiste, c’est bien sûr sa vie.
    Chaque jour, j’observe méthodiquement et jouis des géométries variables de mon corps. Attaque, contre-attaque, retrait, presto, silence...
    Sans le libertinage du corps et de l’esprit (pourquoi donc les avoir séparés ?) rien n’est à espérer.
    Ma peinture est celle de l’ascèse et de l’orgie. D’une extrême souffrance mêlée à une infinie désinvolture. Un jeu aussi, un jeu de tous les plaisirs. Entrer dans les labyrinthes délicieux de la matière, jeu très secret et très serré.
    Tenter de peindre, c’est une roulette, le goût vertigineux devant toute toile de remettre tout en jeu.


Guillaume Lavigne